26 octobre 2008

Le heavy metal est-il apolitique ?

Chers fans de heavy metal (style musical créé par le groupe Black Sabbath en référence au son de guitare électrique en distorsion exagérant les basses, utilisé pour forcer le public à écouter dans les pubs anglais, combiné à un rythme majoritairement 'lent' et à un chant d'inspiration gothique), je vous pose la question :

Le heavy metal est-il apolitique ? Je pense que fondamentalement oui. Et c'est ce qui fait à la fois sa force et sa grande faiblesse. Souvent on m'a dit "quoi ? tu écoutes toujours du métal ? tu devrais évoluer, maintenant j'écoute du jazz, ou je gratte du manouch, c'est de la vraie musique ça".

Je comprends tout à présent. Le heavy metal a fait l'erreur de s'apolitiser. Led Zeppelin est perçu par Rock and Folk comme étant en dehors du domaine 'rock' au sens propre. Les orientations 'glam rock', 'satanistes', 'psychédéliques', 'technicistes' n'ont fait qu'empirer le départ gothique. Les Stones parlent de la guerre. Pourtant Black Sabbath aussi dans War Pigs, mais le message est faible. Megadeth dénonce les guerres de religion ou bien la corruption du gouvernement américain mais on n'en retient que la prouesse technique. Il y a un énorme déséquilibre entre le fond et la forme. Cela ne plaît pas aux amoureux de la musique. Pourtant, Judas Priest, dont les deux guitaristes sont retenus parmi les 100 vedettes de la guitare contemporaine dans un ouvrage récent, est attaqué en justice et accusé de placer des messages subliminaux dans les chansons pour inciter les jeunes ados à se suicider, tout comme Ozzy Osbourne avec Suicide Solution.

Quel est le vrai problème ? Est-ce que le heavy metal plaît moins parce qu'il en faut bien plus à nos sociétés pour être choquées par la forme, qui déferle sur les affiches des rues commerciales ? Ou bien parce qu'il est devenu la proie, comme d'autres styles ou activités créatives mais bien davantage eu égard à sa dépendance envers la forme, des grandes compagnies de production et de marketing dont les stratégies envers les jeunes s'emparent de tout ce qui peut rapporter ? Ou bien parce que le heavy metal lui-même a failli à sa tâche, ne s'est pas adapté, portant en lui les graines de son déclin annoncé ?

Aucune de ces explications ne tient le coup. Tout simplement, l'histoire retiendra bien plus le punk, bien moins fouillé musicalement, mais apte à rendre compte d'une époque, de malaises sociaux profonds. En comparaison, le heavy metal est enfantin. Tolkien, King, Lovecraft hantent les albums de dizaines de groupes reprenant à leur compte les multiples mythologies de ce monde. Un mélange de rêve et de fantômes, tous aussi irréels les uns que les autres. Le film Spinal Tap ou pire le Decline of Western Civilization sont des documentaires malheureusement si réalistes : hardeux écervelés, buvant du whisky auprès de leur maman dans la piscine pendant que le gros producteur encaisse ses bénéfices sans leur verser une rouble. Certains ont tenu le coup, et jouent encore, à nôtre grand bonheur. Je me suis toujours demandé ce que pensaient Lemmy de Motorhead ou Bruce Dickinson de la politique, mais on dirait qu'ils s'en foutent royalement. Le mimétisme chez les jeunes est affligeant : poses avec les cornes du démon pour faire peur, 'à mort les gens' sur des t-shirts de fans dans les bars du Havre.

Et pourtant j'en écoute tous les jours, sans me lasser. Je ne suis pas devenu le fin connaisseur de jazz prédit. Cela me prend aux tripes et je n'oublierai pas la corne sur les doigts après des journées entières de guitare électrique à essayer d'aligner des milliers de notes pour défoncer la tronche de tous les concurrents bernayens. On était deux, Yohan et moi. Les deux meilleurs. On se tapait Megadeth à la milliseconde et on faisait baver les bluesmen et les rockers du coin. On allait toujours plus loin. Ravi Shankar, Moussorgsky, Pink Floyd, Death, Guns'n'Roses. Mais il y a toujours eu le vide. Aucun message. Ce n'est pas par hasard si je me rappelle deux conversations précises avec Danny, le batteur et trompettiste de free jazz : l'une sur le fait que je ne sais pas quelle est la différence en politique entre la droite et la gauche; l'autre sur le fait que c'est injuste que l'on ne reconnaisse pas les solos de heavy metal à leur juste valeur. Le punk, lui, le bon Vadelorge, était fier de dire qu'il avait fait de la philosophie en terminale, et qu'il y avait des idées dans sa musique. Pas dans la notre. Eux au moins ils se battaient pour quelque chose. Malgré tout, dans ce délire imaginaire que procure le heavy metal, on s'est trouvés, et on a appris sur soi-même.

Posté par Supertzar à 02:27 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Le heavy metal est-il apolitique ?

    Apolitique ?

    Je pense que cela vient aussi du fait que les paroles ne sont pas toujours immediatement accessibles aux auditeurs, car "criees" et couvertes par la musique.

    Lire les textes montrent par contre que ces groupes font tout sauf de la varietoche et de la revendication a la bobo. Il y a des vrais engagements dans la cite. Cf. Metallica avec One and Justice for all.

    Posté par Stanislas, 27 octobre 2008 à 10:22 | | Répondre
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    Posté par Term Papers, 29 mars 2010 à 12:14 | | Répondre
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